Johan Leysen Rejoue (Alors Qu’il Est Mort Depuis Deux Ans)
Le spectacle Dark de Kris Verdonck marquera le retour de l’acteur Johan Leysen. Ou plutôt de sa voix. Grâce à l’IA, il interprète à titre posthume un texte de Beckett.
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Dans DARK, nous explorons la tension entre présence et absence, matériel et virtuel, humain et technologie. Mustaf Ahmeti et Jeroen Van der Ven interprètent le triptyque — DARK, ACT #2 et BRASS #2 — comme un dialogue entre le corps et l’algorithme.
Le metteur en scène Kris Verdonck est lui-même manifestement ému par ce que l’IA a fait surgir à partir de sa combinaison de deux anciens enregistrements audio de Leysen et de textes de Beckett que celui-ci n’avait jamais joués de son vivant. Le résultat résonne cette semaine dans Dark, la nouvelle création de Verdonck composée de trois installations où des choses mortes sont artificiellement ramenées à la vie.
« Act#2, l’installation avec Johan , est un hommage affectueux et comporte à la fois une dimension très macabre. Entendre la voix d’un ami décédé nous touche bien plus directement que de regarder de vieilles photos, surtout lorsqu’il prononce quelque chose qu’il n’a jamais dit. » Jusqu’au décès soudain soudaine de Leysen en mars 2023, Verdonck avait déjà réalisé sept productions avec lui. On se souvient notamment de M, a reflection (2012), dans laquelle Leysen avait déjà une doublure numérique, sous la forme d’un hologramme avec lequel il partageait la scène. « Même en dehors de ces temps de créations, nous nous parlions chaque semaine. »
Cette résurrection technologique n’est pourtant pas un spectacle sentimental. Elle est avant tout motivée artistiquement. La voix de Leysen, surgissant d’entre des couvertures grises, énonce le treizième et dernier texte de Texts for Nothing (1952) de Samuel Beckett, où un “je” parlant se dissout comme un fantôme dans le langage pur. En 2020, Verdonck et Leysen avaient déjà théâtralisé les cinq premières parties de cette prose postmoderne dans Act. Des projets étaient prévus pour une mise en scène intégrale des treize textes, mais le décès de Leysen y a mis un terme prématurément fin. Dark réalise aujourd’hui malgré tout une partie de ces intentions. Pour Verdonck, cette version IA s’inscrit dans une longue tradition de fantômes et d’êtres hybrides au théâtre, des Grec·eques à Hamlet.
« Pendant longtemps, Johan trouvait l’œuvre de Beckett prétentieusement absurde, jusqu’à ce que je lui fasse découvrir Texts for Nothing. Je me souviens qu’au cours des répétitions de Act, il a soudain éclaté en sanglots en entendant ces phrases : “we are fond of one another, we are sorry for one another, but there it is, there is nothing we can do for one another.” Depuis lors, il ne voulait en réalité plus jouer que du Beckett. Je suis donc très heureux d’avoir pu réunir ces deux maîtres. S’il y avait quelqu’un qui avait une vision multimédia du théâtre, c’était bien Beckett. La seule chose que je continue à me demander, c’est ce que Johan lui-même aurait pensé de ce spectacle. »
Dark annonce-t-il un avenir nouveau avec des acteurs virtuels ? Verdonck reste lui-même très sceptique quant à l’impact de l’IA sur le théâtre. « Si nous avons été deux à travailler dix journées complètes pour à peine quinze minutes de texte, je ne crois pas à cette grande révolution de l’IA. Elle me semble plutôt être une campagne publicitaire frauduleuse menée par des gens qui veulent gagner beaucoup d’argent grâce à des milliards de subventions publiques pour quelque chose qui a encore très peu fait ses preuves. Regarder ensemble des acteurs vivants est aussi une pratique millénaire, absolument irremplaçable. »
Pour Verdonck, Dark thématise donc davantage le manque de présence vivante qu’il ne propose une vision d’avenir flamboyante. « Si cette création exprime une opinion fait, c’est surtout que remplacer l’être humain par lui-même n’a rien de très passionnant. Ce qui me fascine, en revanche, c’est à quel point notre relation aux machines est devenue totalement intime. Nous allons désormais nous coucher avec notre téléphone comme avec un doudou. Si nous avons un problème d’hémorroïdes, nous le racontons plus vite à Google qu’à notre partenaire. Il existe même déjà des relations amoureuses avec des chatbots IA. C’est quand même fou !»
Outre l’installation avec Leysen, Dark fait également jouer de la musique à trois sousaphones de manière autonome et révèle la face sombre de nos écrans.
« Quel monstre se cache derrière toute cette présence artificielle dans nos vies ? Voilà, pour moi, la question de notre époque. »
ACT était sélectionné pour Het TheaterFestival 2020.
D'après le rapport du jury :
"Dans ACT, Johan Leysen incarne de façon inimitable l'un des personnages les plus insaisissables de Beckett. Pendant une heure, vous êtes suspendu aux lèvres d'un homme qui se retrouve désespérément empêtré dans sa tentative de se définir lui-même et de définir le monde qui l'entoure. Un portrait émouvant de l'homme occidental en quête de sens et de signification".
Concept/mise en scène: Kris Verdonck
Dramaturgie: Kristof van Baarle
Performeur: Johan Leysen
Coordination technique: Jan Van Gijsel
Costumes: Eefje Wijnings
Production: A Two Dogs Company / Het Zuidelijk Toneel
Co-production: Kaaitheater
Avec le soutien de: Tax Shelter du Gouvernement Fédéral belge ,
Les autorités flamandes, la Commission de la communauté flamande
Avec des remerciements à Dirk Van Hulle, Pim Verhulst et Jean Paul Van Bendegem
Développée avec le soutien de KASK – School of Arts, dans le cadre du projet de recherche 'Performing Absence' [2019–2022] de Kris Verdonck et Kristof van Baarle.